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La navette spatiale américaine est un engin spatial absolument extraordinaire, précurseur de nouvelles technologies d’avant-garde en son temps (notamment en termes de réutilisation, à travers sa structure couverte de céramique ou ses moteurs), ayant ouvert la voie à de nombreux accomplissements (comme la station spatiale internationale par exemple, ou le télescope Hubble) qui n’auraient pu aboutir sans cette merveille humaine.

Son épopée, malheureusement émaillée par 2 drames en 1986 et 2002, n’a pas tenu ses promesses en termes financiers, et posent peut-être une question à laquelle il est possible de réfléchir : A-t-elle été trop en avance sur son temps ?

 

La navette spatiale

Cet article n’a pas pour but de rappeler l’histoire extraordinaire de la gestation du programme de la navette à travers les programmes X-15 ou lifting bodies par exemple, ni ses prémisses, son développement, ses missions, ses caractéristiques, etc. car toutes ces informations sont très facilement disponibles sur Internet, à commencer, par exemple, par sa page Wikipedia (https://fr.wikipedia.org/wiki/Navette_spatiale_am%C3%A9ricaine).

Simplement, il est déjà intéressant de noter quelques faits marquants des caractéristiques ou de la carrière de cet engin spatial, qui montrent bien son coté exceptionnel.

- Contrairement à ce que pensent beaucoup de gens, la navette n’a pas été conçue pour faire voler 7 astronautes, mais bien un équipage de 8 astronautes, ce qui est déjà arrivé en 1985, dans des conditions de confort uniques, que seules les stations spatiales pouvaient au moins égaler ;

- La navette était le seul engin spatial à être capable de ramener sur terre des systèmes orbitaux : Sa gigantesque soute (équipée d’un bras robotisé) a, non seulement permis de lancer des satellites, systèmes spatiaux ou briques de la station spatiale internationale (ISS), mais était également capable de récupérer des charges utiles et de les ramener sur terre ;

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- Comment ne pas évoquer ses incroyables moteurs SSME, bijoux de la technologie qui n’a jamais eu d’égal, de par le fait qu’il était, bien entendu, réutilisable, mais aussi par le fait que les contraintes mécaniques internes de fonctionnement sont les plus importantes à ce jour. C’est d’ailleurs un moteur qui sera réutilisé pour la future fusée de la NASA, le SLS, successeuse moderne de la fameuse Saturn V ;

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- Si l’on totalise le chemin parcouru par les navettes spatiales durant leurs 135 missions, celui-ci pourrait couvrir la distance Terre-Jupiter.

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Ses accidents

La navette a connu deux accidents :
    - Challenger en 1986 (au décollage, suite à une fuite de feu d’un booster à poudre) ;
    - Columbia en 2003 (au moment du retour sur terre, à cause d’une aile endommagée).

Mais, en prenant du recul technique vis-à-vis de ces drames, il est faut mettre en avant plusieurs points importants, qui ne sont pas toujours en adéquation avec les idées reçues du grand public.

a. Les accidents ont toujours eu lieu à cause du décollage : La mise en orbite d’un engin spatiale est la phase la plus critique (avec sa rentrée sur terre), et dans le cas de la navette, c’est toujours cette phase qui a été la cause des drames qu’elle a connus :

- dans le cas de Challenger en 1986, sa désintégration a eu lieu 73 secondes après son envol (à cause d’une fuite de feu des boosters ayant atteint le réservoir central d’ergols) ;

- dans le cas de Columbia en 2002, sa désintégration, certes durant sa rentrée, a eu pour origine l’endommagement du bord d’attaque de son aile, par un morceau de son système de lancement (mousse de protection du réservoir central) s’étant détaché durant le décollage.

C’est donc une phase très critique qui a malheureusement frappé la navette et son équipage à deux reprises.

b. La navette spatiale elle-même n’a jamais été mise en cause : Les accidents qui ont eu lieu avec les navettes spatiales « Challenger » et « Columbia » ont toujours été du fait de son système de lancement : soit le booster (joint torique détérioré) dans le premier cas, soit le réservoir central (morceau de mousse de protection dans le deuxième cas qui est venu percuter le bord d’attaque de l’aile). De ce fait, la navette a toujours été victime de ces accidents, et n’en a jamais été la cause !!

La navette spatiale reste donc un engin absolument exceptionnel, qui n’est absolument pas à blâmer, contrairement, peut-être, à son système de lancement.

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Mais alors ? Comment ces drames auraient-ils pu être évités ?

Certains ingénieurs pointent du doigt la conception de base de l’engin spatial dans sa globalité.

En effet, il n’est pas rare d’entendre des voix s’élever contre le fait qu’on ne place pas un engin spatial contenant des astronautes contre un ensemble de lancement, mais à son sommet, comme dans le cas des capsules (Mercury, Gemini, Apollo, etc.), ou de la regrettée navette Hermes, qui n’aura jamais vu le jour (l’Europe ayant toujours « snobé » les vols habités par « manque d’intérêt » des dirigeants politiques, sauf par l’intermédiaire de strapontins chez les autres puissances).

C’est une raison tout-à-fait valable !! Seulement comment aurait-il été possible de faire autrement, avec une navette de cette taille et de cette masse, sachant que les soviétiques avaient choisi la même option pour leur navette Bouran, qui a effectué son premier et seul vol orbital inhabité en 1988, soit sept ans après le premier vol d’une navette américaine (Columbia) ?

Une autre possibilité aurait été de concevoir la navette de manière à ce que le poste de pilotage dans lequel sont les astronautes soit détachable et éjectable en cas de tout problème (cette solution avait été étudiée pour la navette Hermes).

Seulement, étant déjà une des machines les plus complexes que l’être humain n’ait jamais faits, cela aurait eu pour effet de complexifier de manière très importante cette navette, et d’ajouter un sous-système qui aurait été source d’ajout de poids, de problèmes additionnels, et donc de fiabilité de l’ensemble.

De plus, cette option aurait été inutile dans la catastrophe de Columbia.

Après l’accident de Challenger, la Nasa a installé un nouveau système de sécurité qui consistait en l’éjection de l’écoutille de fermeture, chaque astronaute devant ensuite sauter en parachute via un câble. Cette solution, tout à fait viable dans le cadre d’un avion de tourisme ou de transport (et encore, dans certaines situations), pouvait se montrer hasardeuse dans le cas d’une plate-forme soumise à de telles contraintes d’évolution (vitesse, accélération, etc.).

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N’existe donc-t-il aucune solution ?

C’est justement le problème de tout cet engin spatial dans sa globalité. La seule solution réelle aurait été de mieux concevoir le système de lancement de la navette (boosters et réservoir) de manière à ce qu’il ait une fiabilité et un comportement irréprochable :

- Pourquoi les autres boosters solides comparables à ceux de la navette spatiale (comme les EAP d’Ariane 5 par exemple) sont si fiables et n’ont jamais eu de problèmes critiques ?

- Pourquoi de la mousse de protection pour le réservoir central, alors que la fusée Energia propulsant Bouran dans l’espace n’en disposait pas, comme la plupart des autres lanceurs ?

Seulement, il est toujours tellement, tellement facile... d’écrire ce type de réflexions après coup... et depuis son canapé... !!

Cette réflexion soulève donc peut-être un autre problème plus réel : les matériaux et outils disponibles à cette époque, ainsi que les normes et certifications, n’étaient peut-être pas encore aussi fiables que ceux dont on dispose de nos jours, et de ce fait, la navette spatiale a peut-être été trop en avance sur son temps...

 

Il n’en reste pas moins que la navette reste l’un des engins les plus extraordinaires que l’humanité n’ait jamais fabriqués, et sa magnifique silhouette décollant de son fameux pas de tir du Cap Canaveral et déchirant le ciel manque d’une manière extrêmement forte à tous les passionnés du spatial, moi le premier... !!

 

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